Histoire politique et des institutions

Vendredi 27 mars 2009

LA 1ère ARMEE FRANCAISE LIBRE LIBERE L’AIN

Par Jérôme Croyet

Docteur en Histoire, archiviste adjoint aux A.D. Ain

 

En juin 1944, le Corps Expéditionnaire d'Italie est relevé. La 1ère armée française se forme sous le commandement du général de Lattre de Tassigny. Elle comprend deux corps d'armée : le 1er est commandé par le général Béthouart, le 2e par le général de Monsabert.
Les éléments dont ils vont disposer sont les suivants :

- 1ere Division Française Libre, appelée depuis quelque temps 1ere division d'infanterie motorisée, général Brosset.

- 2e division d'infanterie marocaine. général Dody, puis général Carpentier.

- 3e division d'infanterie algérienne. général Guillaume.

- 4e division marocaine de montagne. général Seve.

- 9e division d'infanterie coloniale, général Magnan, puis généraux Morlière. Valluy.

- 1ere division blindée. général du Vigier, puis général Sudre.

- 5e division blindée. général de Vernéjoul, puis général Schlesser.

-        Réserves générales : trois groupements de tabors, le 9e régiment de zouaves, le 1er régiment de tirailleurs algériens, deux régiments blindés de chasseurs d'Afrique, trois régiments de spahis, un régiment colonial de chasseurs de chars et le 2e dragons.

Equipée avec du matériel américain, certaines unités ont un armement plus hétérogène, parfois d’origine britannique que les tabors marocains et les commandos. Certaines unités comme la 1ère D.F.L. et la 3e D.I.A. arborent encore le casque français Adrian modèle 1926.

 

Les préparatifs

Le travail de préparation a été considérable. Le premier échelon des troupes françaises a embarqué à partir du 9 août à Tarente et à Brindisi, à Ajaccio et à Bastia, à Oran et à Alger, il comprend 30 000 hommes de la 1ere D.F.L., 3e D.I.A., 1ere D.B. groupe de commandos, groupe naval d'assaut. Le deuxième échelon doit débarquer trois jours après le premier, tabors et partie de la 9e D.I.C. Deux autres échelons débarqueront dans les quinze jours qui suivront. Puis, à partir d u vingtième jour et jusqu'au quarantième, le reste des unités combattantes : 2e D.I.M. 4e D.M.M., reliquat des 1ere et 5e D.B., mettront à leur tour pied à terre.

Dès le premier jour, Américains et Français vont se trouver en présence de huit divisions allemandes appuyées par de puissants retranchements et disposant d'une artillerie terrestre dix fois supérieure à la leur.

Dans la nuit du 14 au 15, l'aviation bombarde massivement la côte entre Marseille et Menton. Dans la même nuit. Se produit le débarquement des forces aéroportées U.S. dans la région du Muy, de la Motte et de Grimaud, et le débarquement par mer du groupe de commandos français au cap Nègre. Le matin du 15 août, le 6e corps d'armée U.S. donne l'assaut par mer avec ses trois divisions, renforcées par un élément de la 1ere division blindée française.

 

Le débarquement en Provence

            Les 15 et 16 août 1944, la 1ère Armée Française Libre débarque en Provence, sur les plages de Cavalaire, Saint-Tropez et Sainte-Maxime : « dans la cale il fait une chaleur épouvantable, la sueur ruisselle, on étouffe…des bruits de chaînes, la lumière se fait dans la cale, les portes s’ouvrent et nous voyons devant nous, à la toucher, la plage, la terre, la France…les équipages sortent d’abord pour gagner la plage, puis les chars s’avancent un à un, lentement, sur ces planchers métalliques particulièrement glissant ». Le général américain Patch commande l'ensemble de la VIIe armée qui comprend le 6e corps U.S. et l'armée française. La mission de la 1ère Armée est de s'emparer de Toulon puis de Marseille et ensuite d'exploiter la vallée du Rhône en direction de Lyon. Dès le premier jour, Américains et Français se trouvent en présence de huit divisions allemandes appuyées par de puissants retranchements et disposant d'une artillerie terrestre dix fois supérieure à la leur. La côte fourmille d'organisations défensives. Toulon est l'un des camps retranchés les plus forts d'Europe, il est tenu par les matelots de la Kriegsmarine. On prévoit une lutte sera acharnée : l'armée française devra attaquer avec 30 000 hommes un ennemi très supérieur en nombre fortement retranché dans du béton. Le 1ère armée profite du désarroi initial de l'ennemi et attaque immédiatement Toulon vers l'ouest sur l'axe Cavalaire - Solliez - Le Beausset. En six jours le camp retranché, défendu par la 242e division allemande, par 200 canons et 5 000 marins, est enlevé de haute lutte. C’est 1'oeuvre d'une partie de la 3e division algérienne, de la 1ere D.F.L. et d'une partie de la 9e D.I.C. Les Sénégalais du général Magnan s'emparent de La Valette, de Saint-Jean-du-Var et pénétrent dans Toulon par l'est. La 1ere D.F.L. progresse jusqu'à La Garde et l'un de ses détachements s'emparera de 1'arsenal maritime. Le 26 août, la bataille de Toulon s'achève. A Marseille, la garnison capitule le 28 au matin. Près de 35.000 Allemands, dont 690 officiers, ont été capturés. Le 28 août, la Provence est libérée.

 

La remontée libératrice

L’armée est scindée en deux groupement. Le premier composé de la 1ère D.B. et de la D.F.L. remonte la vallée du Rhône par la rive ouest et le second, composé de la 3e D.I.A et des tabors, progresse par la route Napoléon. Le premier groupement franchit le Rhône le 31 août à Avignon et Arles puis libère Lyon le 3 septembre.

Le second groupement pousse une reconnaissance jusqu’à Pont d’Ain, le 1er septembre. Le 2, la 3e D.I.A. franchit le Rhône à Lagnieu. Le 3, elle est à Pont d’Ain : « En ce début d'après-midi, arrive aussi, par la route de Varambon, l'armée française : ce sont les Tabors Marocains ; eux ne sont pas en camion, mais à pied ; presque chaque homme a son âne, chargé de l'armement de son "patron" et de son sac d'avoine. Seule la chéchia les différencie des fantassins français"[1]. La 3e Division d’Infanterie Algérienne file à travers un Bugey déjà libéré de la tutelle de l’occupant et arrive rapidement vers Bellegarde. La chevauchée est rapide et parfois dangereuse : « nous sommes sur nos gardes et nous redoublons de vigilance. Il fait gris en ce mois de septembre, depuis deux jours une pluie fine recouvre la région, rendant la visibilité médiocre. Soudain nous apercevons dans la brume, une colonne surgissant des derniers virages, sans aucune hésitation nous ouvrons le feu sur les premiers véhicules. D’après les tables de tir, l’adversaire présumé se trouve à 1500 mètres environ de l’autre côté du Rhône. La colonne stoppe aussitôt les premières rafales tirées, et point ses pièces autotractées dans notre direction, mais ne riposte pas immédiatement, cela nous paraît bizarre. Nous ne savons que faire et nous attendons des ordres du P. C. se trouvant au fort intérieur. Les minutes s’écoulent, toujours aucune réaction, heureusement pour nous, nous avions affaire aux troupes régulières. Cette colonne ayant déjà été victime d’erreurs durant sa progression, avait détaché une estafette au fort. C’est ainsi que nous réalisons notre méprise, le gros de la colonne put reprendre sa marche et son passage au fort fut comme vous pouvez en douter très bien accueilli. Nous leur avions tout de même fait quelques blessés légers. L’incident clos, nos camarades du fort intérieur peuvent trinquer avec ses hommes venus d’Afrique du Nord pour prendre part ) la libération de la Patrie. Inutile de vous dire que le bordeaux blanc fut le bienvenu pour ces soldats tombant de fatigue »[2]. Durant sa progression, la 3e D.I.A. se voit renforcée par l’engagement de jeunes résistants déterminés, patriotes, pour qui la libération ne sera totale que lorsque la Patrie dans son ensemble sera libérée[3]. Ils sont une dizaine de belleysans à s’engager durant le moins de septembre. Dans la région, le 1ère Armée est aussi renforcée par d’anciens cadres, passés par le Maquis : « sous-lieutenant à la dissolution de l’armée d’armistice j’ai rejoint ma famille à Gex. Entré dans la Résistance pendant l’hiver 1942-43 au groupement Sud des Maquis de l’Ain. Après la libération de la région j’ai rejoint mon arme d’origine, le 67e régiment d’artillerie d’Afrique qui faisait partie de la 1ère Armée Française »[4].

Le 12 septembre 1944, c’est la jonction entre la 1ère D.F.L. et la 2e D.B. Grâce au génie militaire du Maréchal de Lattre, dès la fin septembre 1944, l’amalgame entre les anciens des F.F.L., l’ armée d’Afrique, l’armée régulière et les résistants.

 

LA POURSUITE

Le 28 août, la Provence était libérée. Deux semaines après, l'armée française, poursuivant l'ennemi en retraite par les vallées du Rhône et de la Saône et parla route des Alpes, s'emparait du plateau de Langres, atteignait les contreforts des Vosges et arrivait au contact des défenses couvrant les places de Montbéliard et de Belfort, réalisant une avance de 750 kilomètres, malgré la résistance acharnée des arrière-gardes ennemies, remportant un succès stratégique décisif le 12 septembre en opérant, à Châtillon-sur-Seine, sa jonction avec les forces alliées du Nord. Elle coupait ainsi toute ligne de retraite aux formations allemandes refluant du centre de la France vers la trouée de Belfort.

Un premier groupement (1ere D.B. et 1ere D.F.L.) remonta la vallée du Rhône par la rive ouest, tandis que le deuxième (3e D.I.A. et tabors) progressait par la route Napoléon. L'ennemi évacuait le Languedoc, ses éléments blindés s'accrochaient à Montélimar et à Valence. Le 31 août, le Rhône fut franchi en Arles et Avignon sur des ponts de fortune. Un dernier accrochement à Meximieux puis un second à Montrevel.

Saint-Etienne et Saint-Chamond furent libérées le 2 septembre et, le lendemain, le 2e corps d'armée entrait dans Lyon par l'est et le nord-ouest tandis que le 6e corps U.S. y pénétrait parle sud-est. Le bassin industriel de Saint-Etienne était totalement libéré le 4 ainsi que l'agglomération lyonnaise et Bourg par la 45e Di US. La 3e D.I.A. avait franchi le Rhône vers Lagnieu le 2, l'Ain à Pont-d'Ain le 3, le Jura était atteint. Dans les Alpes, la 2e D.I.M. était à Guillestre le 31 août, à Larche le 1er septembre.

Le général de Lattre décida d'exploiter à fond en direction de Belfort et de Saverne par la vallée de la Saône. Le groupement Monsabert agit sur la direction Dijon-Epinal pour réaliser la liaison avec les forces américaines du Nord ; le groupement Béthouart agit en direction de Besançon et Belfort afin de pénétrer en Haute-Alsace. Les Américains entre les deux groupements, sur la direction Bourg - Besançon - Vesoul.



[1] Souvenirs inédits de Marcel Perrin.

[2] GORGERET (Roger) : Souvenirs d’un maquisard. Fédération Départementale des Foyers Ruraux et Associations de Développement et d’Animation du Milieu Rural de l’Ain.

[3] Témoignage de Mme Bounel, épouse d’un ancien volontaire de la 3e D.I.A. de Belley. Août 2006.

[4] Témoignage du colonel Balabeau in La Libération de la France 1944-1945 armée d’aujourd’hui, Fondation Maréchal de Lattre, Mairie de Priay, O.N.A.C.

Par sehri édition 39-45
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 1 juillet 2008
Voici un texte inédit sur la Milice et la Collaboration dans l'Ain durant la Seconde Guerre Mondiale

http://rapidshare.com/files/126267064/milice___collaboration_dans_l_Ain.pdf.html


Par sehri édition 39-45
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 20 mai 2008

UNE SUISSE PAS SI NEUTRE QUE CELA

 D’après http://hypo.ge-dip.etat-ge.ch/www/cliotexte/html/suisse.2e.guerre.mondiale.html

Durant la Seconde Guerre Mondiale, la Suisse reste un pays neutre. Mais à quel prix ?

Avec la victoire allemande, une délégation de la Ligue populaire pour l'indépendance de la Suisse, fortement germanophile, est reçue par Pilet-Golaz le 1er août 1940. Elle lui présente ses exigences politiques, dont une adaptation de la politique étrangère à l'ordre nouveau.

Le Mouvement National Suisse, principal regroupement fasciste d'alors, envoie des porte-parole à un entretien avec Pilet-Golaz. A l'issue de la réception, un communiqué laisse croire qu'une discussion sur la rénovation des institutions sur le modèle national-socialiste est à l'ordre du jour... Mais la réaction des partis politiques et de la presse, qui reste critique, met fin à ces hésitations et ces abandons. Le Mouvement National Suisse et le Parti communiste sont interdits. Ce n’est pas la dissuasion de l’armée suisse mais bien les relations économiques avec l'Allemagne, en particulier en ce qui concerne les transactions en or effectuées avec la Banque Nationale, qui ont largement contribué à la préservation de l’intégrité territoriale. Dès 1940, l'Allemagne et l'Italie sont les principaux destinataires des exportations suisses. On estime que 60% de l'industrie d'armement, 50% de l'industrie d'optique et 40% de l'industrie des machines travaillent pour le Reich. Il s'agit de matériel de pointe que les Allemands peuvent difficilement trouver ailleurs. De même, la ligne ferroviaire du Gothard revêt une importance primordiale, car elle relie les deux capitales Rome et Berlin. Elle voit augmenter considérablement le transit Nord-Sud.

De plus 2 000 suisses servent dans les rangs de l’armée Nazie comme Volksdeutsche. Organisation Todt : 20 (3%). Heer 15 (3%). Reichsarbeitsdienst (RAD) 13 2(%). Hitlerjugend (HJ) 11 (2%). Luftwaffe 10 (2%). Sturmabteilung (SA) 6 (1%). Deutsches Rotes Kreuz 1. Nationalsozialistisches Kraftfahrerkorps (NSKK) 1. Volkssturm 1. Mitarbeiter des Sicherheitsdienstes (SD) 5. Mitarbeiter der Geheimen Staatspolizei (Gestapo) 5

Waffen SS :  503 (87%) dont
I. SS-Pz.Korps Leibstandarte-SS Adolf Hitler : 1
1. SS-Pz.Div Leibstandarte-SS Adolf Hitler : 22
1. SS-Infanterie-Brigade motorisée : 1
II SS-Pz.Korps: 2
2e SS-Pz-Div. Das Reich : 93

2e SS Infanterie Brigade motorisée : 14

III Germanisches SS-Pz Korps : 6

3e SS-Pz-Division Totenkopf : 20

4e SS-Polizei-Panzergrenadier-Division : 6

V. SS-Freiwilligen-Gebirgskorps : 3

5e SS-Pz.Div Wiking : 17

6e SS-Geb.Div Nord : 290

7e SS-Freiwilligen-Geb.Div Prinz Eugen : 11

8. SS-Kavallerie-Div. Florian Geyer : 8

9. SS-Pz.Div. Hohenstaufen : 10

9./SS-Polizei-Regiment "Todt" : 28

10. SS-Pz.Div Frundsberg : 8

11. SS-Freiwilligen-Pz.Gren.-Div Nordland : 18

12. SS-Pz.Div. Hitlerjugend : 3

13. Waffen-Geb.-Div SS Handschar : 5

16. SS-Pz.Gren.Div Reichsführer SS : 3

17. SS-Pz.Gren.Div Götz von Berlichingen : 2

18. SS-Freiwilligen-Pz.Gren.-Div Horst Wessel : 6

21. Waffen-Geb.Div. SS Skanderberg : 1

22. SS-Freiwilligen-Kav.-Div Maria Theresia : 1

23. SS-Frewilligen-Pz.Gren.-Div Nederland : 5

24. Waffen-Geb.-(Karstjäger) Div SS : 4

28. SS-Freiwilligen-Gren.-Div Wallonie : 4

31. SS-Frewiwilligen-Gren.Div : 2

32. SS-Frewilligen-Gren.Div : 3

33. Waffen-Grenadier-Div Charlemagne : 14

37. SS-Freiwilligen-Kav.-Div Lützow : 1

38. SS-Grenadier Div Nibelungen : 2

Sondertruppe Reichsführer SS : 22


 

Par sehri édition 39-45
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 20 mai 2008

LA LIBERATION DES CAMPS

Par Jérôme Croyet

Docteur en Histoire, archiviste adjoint aux Archives Départementales de l’Ain

Bibliothécaire de la Société d’Emulation de l’Ain

 

6 millions de morts. Un chiffre si grand que l’on ne peut pas matérialisé son importance. 6 millions de morts c’est 30 fois le tsunami du 26 décembre 2004. C’est la région Rhône Alpes. 6 millions de personnes c’est le bilan des camps de concentration et d’extermination.

L’Etat concentrationnaire

Dès mars 1933, le régime nazi ouvre les portes du premier camp de concentration au nord de Berlin. Elu chancelier en janvier 1933, Hitler, à partir de 1937, réuni tout les pouvoirs. Il légifère seul, comme un chef de bande. Afin d’asseoir son autorité, le régime National Socialiste crée la Schutzhaft : la possibilité par l’état d’interner un individu déclaré dangereux pour l’état. Hitler, pour mettre de l’ordre dans la terreur, s’appui sur sa Schuzstaffel dirigée par Himmler. Cette SS, bercée par l’idéologie raciste du völkisch, incluant les notions de peuple et de race, devient rapidement un état tentaculaire dans l’état. Eduqués selon les principes de Sang, Sélection et Dureté ou le monde est réparti entre les bons et les mauvais, les SS, élevés au rôle de police du Reich, obtiennent la garde des camps dès 1934. Les recrues venant de la petite bourgeoisie, machines obéissantes à une bureaucratie, sont déchargés de la responsabilité du crime et soumis à une hiérarchie stricte mais concurrente. En janvier 1945, l’état SS compte 37 674 gardiens hommes et 3 508 gardiens femmes.

La solution finale

Née de l’idée de suprématie de la race indo-germanique sur le monde, découle l’idée d’élimination des personnes non socialement désirables : les handicapés, les homosexuels, les juifs, les tziganes, puis, à partir du 22 juin 1941, des slaves puis d’une manière générale les opposants : communistes, résistants. Rapidement, les bourreaux, pour déshumaniser leurs victimes et permettre toute les interprétations, utilisent un langage codé : les hommes sont des « parasites », des « poux », leur mort une « diminution naturelle » et le moyen est de « traiter en conséquence ». Ne pas nommer leur forfait, facilite leur crime : on ne torture et on tue pas des être humains. C’est grâce au travail acharné de Himmler et de Hans Frank, qu’à la fin de l’automne 1941, la possibilité de réaliser le crime le plus immense de l’Histoire est réalisable. Le 20 janvier 1942, Heydrich réuni les chefs de la bureaucratie d’Etat SS pour organiser la solution finale. Ce qui ouvre la porte à la bureaucratisation de la mort en masse. Pourtant dès 1941, on commence le massacre : d’abord artisanal (fusillades de masses et gazage par camions), dès 1942 l’état SS industrialise la mort en créant une machinerie criminelle : les camps de concentration puis les camps d’extermination.

Les camps

C’est au sein d’au moins 22 camps de concentration et d’extermination, que les victimes sociales et politiques de la race arienne sont enfermées. Ces camps ont un système économique autonome caractérisé par l’esclavage et le vol. Les conditions de vie des détenus sont inhumaines, sans nom, mais caractérisé par la déshumanisation et le cynisme : une comptabilité juste de petites cuillères importe plus que la vie. Les détenus sont généralement déshabillés en public et uniformément revêtus de tenues rayées de mauvaise qualité où leur nom laisse la place à un numéro, leur état est caractérisé par une couleur. Dans les camps d’extermination le numéro est tatoué sur le bras. Dans les camps de concentration, la mort est lente et soumise à l’incohérence d’une logique qui échappe à tout entendement où la torture morale et physique est quotidienne. Dans les camps d’extermination, les cristaux bleu vert du Ziklon B et les gaz d’échappement de moteurs de chars emportent, après une sélection bestiale, 3 000 vies en 2 heures, de personnes à peine débarquées de trains. Les affaires des détenus sont recyclés par l’industrie de guerre SS tandis que des entreprises privées financent cet holocauste en payant l’état SS pour avoir de la main d’œuvre servile.

A ces camps se joignent les camps de prisonniers de guerre, Stalag et Oflag, au nombre de 78, où, de 1940 à 1945, 1 850 000 soldats français sont retenus dans des conditions difficiles.

Le 23 novembre 1944, les alliés libèrent le camp de Natzwiller-Struthof dans les Vosges. Le 27 janvier 1945, l’armée Rouge libère Auschwitz.

Dans l’Ain

En France, dès le 4 octobre 1940, l’Etat Français crée les camps de regroupement pour les étrangers de religion judaïque. De 1940 au 18 août 1844, l’Etat Français livre à l’état SS 713 convois de déportés. Dans l’Ain, la déportation et la répression allemande et vichyste est à la hauteur de leur peur. Le mode opératoire est généralement la rafle : à Nantua le 14 décembre 1943, dans le Bugey et le Valromey du 6 au 12 février 1944, l’arrestation des enfants d’Izieu par ordre de Klaus Barbi le 6 avril, rafle d’Oyonnax le 9 avril, dans le Revermont les 10 et 16 avril, à Bourg, le 10 juillet, à Oyonnax et destruction de Dortan le 19 juillet. De 1943 à 1944, 1 033 personnes sont déportées dans l’Ain : 663 hommes, 29 femmes et 41 enfants. Parmi elles 200 résistants, 708 otages raflés aveuglements, 43 déportés raciaux, 39 politiques, 4 de droit commun et 39 sans indications. Sur ce minimum de 1033 personnes seulement 426 rentrent chez elles : 393 hommes, 23 femmes et 10 enfants. La plus part n’ayant que la peau sur les os. 607 ne rentrent pas. Le 20 mai 1945, débute le retour des 6500 prisonniers de guerre dans l’Ain. Il s’achèvera vers le 15 novembre. Commence alors la dure vie de survivant du plus grand crime organisé de l’histoire de l’humanité.

Par sehri édition 39-45
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Présentation

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés